J'utilise des outils financiers depuis près de dix ans. J'en ai testé beaucoup. Certains m'ont fait gagner un temps fou, d'autres m'ont coûté des heures de paramétrage pour un résultat médiocre. Equals fait partie des outils dont j'entends parler depuis quelques années dans les cercles de responsables comptables et de directeurs financiers, notamment pour la gestion des dépenses et les paiements en multi-devises. Alors j'ai décidé de creuser sérieusement le sujet pour vous donner un avis qui va au-delà des fiches produit.
Ce que vous lisez ici, c'est un retour terrain. Pas un résumé de page commerciale.
Equals, c'est quoi exactement ?
Equals (anciennement Equals Money, issu du groupe Equals Group PLC coté à Londres) propose une plateforme financière orientée entreprises. L'idée centrale : simplifier les paiements internationaux, les cartes de dépenses pour salariés et la gestion des devises étrangères depuis une interface unique. C'est un positionnement assez cohérent pour des structures qui travaillent avec des fournisseurs à l'étranger ou qui gèrent des notes de frais en multi-devises.
Concrètement, la plateforme repose sur trois piliers : un compte business en devises multiples, des cartes prépayées physiques et virtuelles pour les équipes, et un module de gestion des changes. Ce n'est pas un ERP, ce n'est pas un logiciel de comptabilité pure. C'est davantage un outil de trésorerie opérationnelle et de contrôle des dépenses.
Ça me parle directement. Dans mon quotidien à Toulouse, je gère des flux avec des prestataires en Espagne, au Royaume-Uni et parfois en dehors de la zone euro. Les frais de change sur les virements classiques, c'est un irritant permanent.
Ce que j'ai apprécié en pratique
La gestion des dépenses avec les cartes
Le système de cartes prépayées, je l'ai trouvé vraiment bien pensé. Vous créez des cartes virtuelles ou physiques pour chaque salarié, vous définissez des plafonds par carte, par catégorie de dépense, et vous pouvez bloquer ou débloquer une carte en quelques secondes depuis le tableau de bord. Pour une équipe non technique, c'est accessible. J'ai formé deux collaborateurs dessus en moins d'une heure.
Exemple concret : un de nos commerciaux part en déplacement en Allemagne. Je lui crée une carte virtuelle avec un plafond de 500€ valable trois jours, limitée aux catégories "transport" et "restauration". À son retour, les dépenses apparaissent dans la plateforme avec les justificatifs attachés par photo depuis son téléphone. Le rapprochement me prend dix minutes au lieu d'une heure.
Ça, c'est un vrai gain. Pas théorique. Concret.
Les paiements en devises étrangères
Le taux de change proposé par Equals est généralement proche du taux interbancaire, avec des frais nettement inférieurs à ce que pratique une banque traditionnelle. Sur un virement de 10 000 livres sterling vers un fournisseur anglais, j'ai constaté une économie de l'ordre de 60 à 100€ par rapport à ma banque habituelle. Sur l'année, ça commence à représenter quelque chose.
Le module de change permet aussi de bloquer un taux à l'avance (ce qu'on appelle un contrat forward). Pour des PME qui veulent sécuriser leur marge sur des achats importants en devises, c'est utile. Je ne dis pas que c'est indispensable pour tout le monde, mais si vous avez des factures fournisseurs en dollars ou en livres supérieures à 5 000€ par mois, vous devriez au moins regarder ce que ça vous coûte vraiment chez votre banque actuelle.
Le tableau de bord et les exports
L'interface est propre. Pas révolutionnaire sur la forme, mais fonctionnelle. Les exports en CSV ou Excel sont disponibles, ce qui m'a permis de connecter les données à mon outil de reporting interne sans passer par une API. L'export vers des formats compatibles avec les principaux logiciels comptables (Sage, QuickBooks, Xero) est mentionné, mais j'y reviens plus bas parce que c'est là que j'ai eu quelques frictions.
Le tableau de bord affiche en temps réel les soldes par devise, les dépenses par carte, les transactions en attente. C'est lisible. Mon assistante comptable, qui n'a pas un profil technique, a réussi à s'y repérer seule après une courte démo.
Mes vrais reproches, parce qu'il y en a
L'intégration comptable, à perfectionner
Là j'ai un vrai reproche. Les intégrations natives avec les logiciels de comptabilité française sont limitées. Si vous êtes sur Sage 100 ou sur un ERP métier spécifique, vous allez probablement devoir passer par des exports manuels et les réimporter côté compta. Ce n'est pas bloquant, mais c'est une étape supplémentaire qui mange du temps.
Pour des structures qui veulent une synchronisation automatique des écritures, Equals n'est pas encore au niveau de certains concurrents comme Spendesk ou Qonto sur ce point précis. L'API existe, mais la mettre en place demande une compétence technique que peu d'équipes comptables ont en interne. Et externaliser ça, c'est un coût.
Le support client
J'ai eu deux occasions de contacter le support. La première fois, la réponse est arrivée en 48h. La deuxième, j'ai attendu trois jours. Pour des questions liées à des flux financiers, trois jours c'est long. Je ne dis pas que le support est mauvais, les réponses étaient claires et utiles, mais la réactivité n'est pas au niveau qu'on attend d'un outil bancaire.
Bon, par contre, leur base de connaissances en ligne est bien fournie. Beaucoup de réponses sont disponibles sans avoir à contacter quelqu'un.
L'onboarding
L'ouverture du compte demande des documents KYC (justificatifs d'identité, documents de la société, parfois informations sur les bénéficiaires effectifs). C'est normal pour un prestataire de services de paiement réglementé. Mais le processus peut prendre une à deux semaines selon les cas. Si vous avez un besoin urgent, anticipez.
Je ne m'attendais pas à ce délai, franchement. Pour une TPE qui veut démarrer vite, ça peut être frustrant.
Tableau comparatif rapide : Equals face à ses principaux concurrents
| Critère | Equals | Qonto | Spendesk | Revolut Business |
|---|---|---|---|---|
| Facilité d'utilisation | 4/5 | 4,5/5 | 4/5 | 4,5/5 |
| Cartes équipes | Oui | Oui | Oui | Oui |
| Multi-devises | Fort | Limité | Limité | Très fort |
| Contrats forward (change) | Oui | Non | Non | Partiel |
| Intégration Sage/ERP FR | Partielle | Bonne | Très bonne | Moyenne |
| Prix d'entrée | Sur devis | Dès 9€/mois | Sur devis | Dès 0€/mois |
| Support réactivité | Moyen | Bon | Bon | Variable |
| Adapté PME française | Oui (si multi-devises) | Oui | Oui (> 20 sal.) | Oui |
Ce tableau, je l'ai construit à partir de ce que j'ai testé et documenté. Les prix peuvent évoluer, vérifiez toujours directement sur les sites officiels.
Pour qui Equals est vraiment adapté ?
Soyons directs. Equals est fait pour des entreprises qui font régulièrement des transactions en devises étrangères. Si vous payez des fournisseurs hors zone euro, si vous avez des salariés qui voyagent à l'international, si vous voulez couvrir des risques de change sur des achats récurrents en dollars ou en livres sterling, là Equals a quelque chose à vous apporter que Qonto ou une banque traditionnelle ne propose pas avec la même profondeur.
Je recommande Equals à :
- Des PME de 20 à 500 salariés avec une activité internationale réelle
- Des structures qui veulent reprendre le contrôle sur les dépenses des équipes en déplacement
- Des DAF ou responsables comptables qui cherchent à réduire les frais de change sans passer par un broker FX dédié avec un contrat complexe
Je déconseille Equals à :
- Des entreprises 100% franco-françaises, sans flux en devises : vous n'exploiterez pas la valeur ajoutée principale
- Des équipes qui ont besoin d'une intégration comptable native et automatisée avec un ERP français spécifique : vous aurez des frictions
- Des structures qui ont besoin d'un compte bancaire principal complet (crédit, découvert autorisé, chéquier) : Equals n'est pas une banque au sens classique
La question du prix
C'est là que ça se complique un peu. Equals ne communique pas de grille tarifaire publique clairement détaillée pour toutes ses offres. Une partie de la tarification se fait sur devis, notamment pour les fonctionnalités de change avancées. C'est compréhensible d'un point de vue commercial, mais ça rend la comparaison difficile à faire seul.
Ce que je sais : il existe des formules avec des frais mensuels fixes auxquels s'ajoutent des marges sur les taux de change et éventuellement des frais par carte. Demandez systématiquement un devis détaillé et comparez-le à ce que vous coûtent réellement vos virements internationaux actuels. L'exercice prend une heure et peut vous surprendre dans un sens ou dans l'autre.
Pour des petites structures avec un budget serré, l'absence de tarif d'entrée clairement affiché peut être bloquante. Je comprends cette contrainte. Revolut Business ou Qonto sont plus lisibles sur ce point.
Un exemple concret de cas d'usage qui m'a convaincu
On a un projet avec un prestataire de services basé à Madrid et un autre à Manchester. Deux devises, deux fréquences de paiement différentes, des montants variables. Avant, je faisais des virements SWIFT depuis notre banque principale avec des frais de 25€ par virement plus une marge sur le change que je ne voyais pas clairement.
Avec Equals, j'ai pu centraliser ces paiements, voir les taux appliqués en temps réel, et bloquer un taux pour le prestataire anglais sur trois mois. Le gain net sur six mois de test était d'environ 400€. Ce n'est pas un chiffre astronomique, mais pour une structure de taille intermédiaire avec un budget serré, 400€ c'est deux jours de prestation externe.
Et surtout, j'ai arrêté de passer du temps à réconcilier des frais bancaires obscurs en fin de mois.
Mon verdict final : Equals en 2026
Note globale : 3,8/5
- Facilité d'utilisation : 4/5
- Fonctionnalités (multi-devises, cartes, change) : 4,5/5
- Prix/transparence tarifaire : 3/5
- Intégrations comptables : 3/5
- Support : 3,5/5
Le gagnant de son segment ? Sur la gestion des devises et la couverture de change pour les PME, oui. Equals fait mieux que la quasi-totalité des néobanques business sur ce point précis. Sur tout le reste, notamment les intégrations et la transparence tarifaire, il reste des marges de progression.
Si votre problème principal aujourd'hui c'est les frais de change et le contrôle des dépenses internationales, essayez-le. Demandez une démo, posez des questions sur les tarifs réels, et comparez avec ce que vous dépensez vraiment aujourd'hui. Vous aurez votre réponse en deux entretiens.
FAQ : Equals, les questions qu'on me pose souvent
Equals est-il agréé en France ?
Equals Group est régulé au Royaume-Uni par la FCA (Financial Conduct Authority). Pour les opérations en Europe, la réglementation applicable dépend du cadre post-Brexit et des passeports obtenus. Je vous recommande de poser la question directement à leur équipe commerciale et de vérifier les garanties sur les fonds déposés avant d'ouvrir un compte.
Est-ce qu'Equals remplace ma banque principale ?
Non. Et je le dis clairement : Equals n'est pas conçu pour être votre banque principale. Pas de découvert, pas de crédit, pas de chéquier. C'est un outil complémentaire, pensé pour gérer des flux spécifiques, notamment les devises et les dépenses d'équipe.
Quelle est la différence entre Equals et Revolut Business sur le change ?
Les deux proposent du multi-devises, mais Equals va plus loin sur les produits de couverture de change (contrats forward, options dans certains cas). Revolut Business est plus accessible en termes de tarification d'entrée et d'interface. Si vous êtes débutant sur le sujet FX, Revolut sera plus simple à démarrer. Si vous avez des enjeux de change réels à couvrir, Equals offre plus d'outils.
Mon équipe comptable non technique peut-elle utiliser Equals seule ?
Pour la partie cartes et dépenses, oui. J'ai eu la confirmation par ma propre expérience. Pour la partie change avancée et API, il faut soit une compétence interne, soit faire appel à un prestataire. Ne vous lancez pas dans une intégration API sans avoir quelqu'un qui sait lire une documentation technique.
Combien de temps prend l'ouverture d'un compte Equals ?
Comptez une à deux semaines en moyenne, selon la complexité de votre structure juridique et la réactivité dans la fourniture des documents KYC. Anticipez si vous avez un projet ou un besoin urgent.
Est-ce qu'Equals propose un essai gratuit ?
Il n'y a pas d'essai gratuit au sens classique. Une démo commerciale est disponible sur demande. Je vous conseille de préparer vos questions à l'avance, notamment sur les tarifs exacts et les intégrations avec vos outils existants.
Equals convient-il à une TPE de moins de 10 salariés ?
Ça dépend uniquement de votre activité internationale. Une TPE qui facture en euros et paie en euros n'a pas grand-chose à tirer d'Equals. Une TPE de 5 personnes qui achète régulièrement en livres ou en dollars peut y trouver un vrai intérêt économique. La taille de l'entreprise n'est pas le bon filtre ici, c'est le volume et la fréquence des transactions en devises qui comptent.